Pour en finir avec les comparaisons douteuses avec le Vanuatu

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Il ne se passe pas un jour sans qu’un représentant des anti-indépendantistes se croit malin en invoquant le Vanuatu comme l’exemple de ce qui nous arrivera si la Nouvelle-Calédonie accède à l’indépendance. Autrement dit, avec l’indépendance notre pays dégringolera pour se retrouver au niveau économique et social du Vanuatu…

Avant tout, déplorons le manque de tact qui caractérise ce type d’intervention, ce jugement de supériorité à l’encontre de nos voisins, alors que dans nombre de domaines, nous n’avons pas de leçons à donner. N’oublions pas l’instabilité politique dont nous sommes capables, ou le manque de maîtrise de nos dépenses publi­ques par exemple…

Se lancer dans une telle comparaison révèle de la malhonnêteté intellectuelle car c’est nier l’histoire et les spécificités propres à chaque territoire. C’est ignorer que le Vanuatu ne s’est pas émancipé dans les meilleures conditions et on peut même dire que rien n’a été épargné à notre pays frère pour lui permettre d’entrer dans l’indépendance dans de bonnes conditions.

L’archipel a connu une colonisation lente et désorganisée depuis son exploration par les Européens à la fin du XVIIIe siècle jusqu’à la fin du XIXe siècle. Il fit alors l’objet d’un conflit d’intérêt entre la France et le Royau­me-Uni qui décidèrent en 1904 de mettre en place une administration con­jointe. C’est ainsi que fut instauré, de 1906 à 1980, le condominium des Nouvelles-Hébrides, faisant de ces îles océaniennes une colonie gérée con­join­tement par deux puissances coloniales.

Au bout du compte, la colonisation fût peu profitable à ce territoire et à sa population lorsqu’on fait le bilan du pays au moment de son accession à l’indépendance. Le condominium n’a pas d’institutions propres, compte alors très peu d’infrastructures, peu de routes goudronnées en dehors de Port-Vila et Luganville, peu de réseau électrique et encore moins d’assainissement, un système scolaire faiblement développé, une fonction publique très peu structurée, une économie et une fiscalité quasi-inexistantes, et aucune couverture sociale… Sans compter l’absence de formation de cadres locaux dans tous les secteurs. Mais l’un des problèmes majeurs concernait bien la question des terres : avant l’indépendance, les terres officiellement enregistrées comme la propriété des personnes appartenant au Peuple originel (particuliers et réserves) représentaient 5% de la superficie totale du Vanuatu…

Le fait est que la France et la Grande-Bretagne se sont peu préoccupées de préparer l’avenir de ce territoire, pour ne pas dire qu’elles s’en sont débarrassées rapidement après plus de 150 ans de colonisation…

En effet, c’est en janvier 1977 que les deux puissances colonisatrices se sont prononcées ouvertement pour l’indépendance du condominium qui fût effective le 30 juillet 1980. A aucun moment, la France et la Grande-Bretagne n’ont cherché à accompagner le nouveau pays vers son indépendance, une responsabilité que ces deux puissances avaient pourtant contracté devant l’histoire…

Le Vanuatu a donc endossé sa souveraineté dans des conditions catastrophiques, devant réunir seul les conditions politiques, financières, économiques et sociales auquel il n’avait pas été préparé. Malgré tout cela, il faut reconnaître que ce petit état a fini par trouver un chemin qui ne lui réussi pas si mal : dans le classement IDH (Indice de développement humain) de 2012, le Vanuatu est classé 124ème sur 197 et… 1er sur 178 dans le classement HPI (Happy Planet Index) de 2006, un indicateur économique alternatif au Produit intérieur brut (PIB) et à l’Indice de développement humain (IDH). Le HPI est calculé à partir de trois indicateurs : l’empreinte écologique, l’espérance de vie et le degré de bien-être des populations.

L’émancipation des Nouvelles-Hébrides et l’émancipation de la Nouvelle-Calédonie : deux processus qui n’ont rien à voir

Au moment où la France et le Royaume Uni acceptèrent l’idée d’indépendance pour les Nouvelles-Hébrides, l’Union Calédonienne réunie en congrès à Bourail décidait d’abandonner l’autonomie pour choisir le chemin de l’indépendance. Et le chemin suivi depuis lors par la Nouvelle-Calédonie n’a rien à voir avec celui de notre voisin le Vanuatu.

L’émancipation de notre pays a été balisée sur 35 ans, par trois temps forts, Nainville-les-Roches, les Accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa, une longue période où furent mis en œuvre de nombreux dispositifs et programmes destinés à corriger les déséquilibres du pays et à le préparer à assumer sa souveraineté : réforme foncière, grands travaux structurants, transferts de compétences progressifs, renforcement des droits des citoyens du Pays, formation des cadres, rééquilibrage économique…

Bien sûr, tout cela ne s’est pas mis en place sans accrocs et du travail reste à faire à deux ans du référendum d’autodétermination mais ce qui est incontestable, c’est que tout cela n’est allé que dans une seule direction : celle de notre émancipation, celle de notre prise de responsabilité. Et aujour­d’hui, notre pays réunit de nombreux atouts pour exercer sa pleine souveraineté

Définitivement, laisser entendre que l’accession de notre Pays à la pleine souveraineté l’amènerait à une situation comparable à celle du Vanuatu n’a aucun sens et relève bien d’une approche malhonnête destinée à faire peur. En fin de compte, nos adversaires politiques n’évoluent pas beaucoup, la peur restant au cœur de leur méthode de propagande, ce qui est aussi une manière de fuir un débat sur le fond…

Pour en finir avec les comparaisons douteuses avec le Vanuatu

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L’Avenir Calédonien est la publication officielle de l’Union Calédonienne. C’est, très probablement, une des plus vieilles publications de Nouvelle-Calédonie car les premiers numéros sont parus peu de temps après la création du Mouvement en 1953. Bien que paraissant de manière irrégulière, plus de 1050 éditions de l’Avenir Calédonien ont jalonné l’histoire du plus ancien parti de Nouvelle-Calédonie.

INTRODUCTION DU DERNIER AVENIR

NOTRE INDÉPENDANCE SERA VIABLE

Avoir une indépendance viable, signifie pour un pays, être en capacité de disposer des moyens financiers qui lui permettront de faire face à ses obligations : permettre aux citoyens de satisfaire leurs besoins fondamentaux, entretenir une administration publique performante, créer les conditions pour un développement durable et dynamique. Notre pays fait face à cela depuis longtemps et sera en mesure d’y faire face à l’avenir...
Après les années de propagande des partis anti-indépendantistes, de la télévision d’Etat, des représentants de l’Etat eux-mêmes et le succès d’une chanson populaire « c’est la France qui paie », beaucoup de Calédoniens ont fini par se laisser influencer par l’idée que notre pays est très dépendant financièrement de la France… Parfois, on entend même des affirmations tellement erronées qu’elles frisent le ridicule : « c’est la France qui paye les médecins et notre système de santé » ou « c’est la France qui alimente le budget de la Nouvelle-Calédonie et des provinces ». Voilà le résultat de cette bonne vieille habitude de la droite anti-indépendantiste : désinformer et entretenir un discours de peur pour empêcher les Calédoniens de connaître la vérité…