Editorial Avenir août 2016

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Dans l’histoire coloniale du Monde, jamais un pays n’aura autant préparé son accession à la souveraineté que la Nouvelle-Calédonie

 

1. Sur la question de ceux qui doivent décider de l’avenir du pays : Au cours des 30 ans qui suivirent la signature des Accord de Matignon-Oudinot, la composition du corps électoral n’a cessé d’évoluer dans le sens de l’ouverture. Du droit inné et actif à l’autodétermination qui voulait que les Kanaks soient les seuls à pouvoir voter pour ou contre l’indépendance, nous som­mes passés, avec Nainville-les-Roches à l’intégration des « victimes de l’histoire », puis avec l’Accord de Nouméa, au corps électoral citoyen.

2. Sur la formation des cadres calédoniens : Avec la promotion mélanésienne des gouvernements Ukeiwé et Tjibaou puis les programmes 400 cadres et Cadres Avenir et plus récemment l’accession de jeunes Calédoniens à des formations en sciences po et le dispositif de formation de professeurs capétiens, ce sont de milliers de jeunes cadres qui se sont formés et ont investi autant le secteur public que le secteur privé.

3. Avec les transferts de compétences de l’Etat vers la Nouvelle-Calé­donie : Lors des négociations qui ont donné naissance à l’Accord de Nouméa, nos représentants préféraient parler de transferts de pouvoirs pour bien exprimer la construction de notre souveraineté. Pour garantir la réussite de ces transferts, nous avons voulu qu’ils soient progressifs et le constat est fait que le pays a pris ses responsabilités et est parvenu à les prendre en charge.

4. Avec la réalisation d’un programme d’infrastructures comparable à un pays développé : Dès les Accords de Matignon avec la Koné-Tiwaka, le pays s’est lancé dans la réalisation de nombreuses infrastructures publi­ques : routes, établissements scolaires et hospitaliers, ports, électrification…

Aujourd’hui, le pays a progressé mais nous sommes au milieu du gué. Nous sommes un pays aux portes de l’indépendance mais avoir un pied dedans et un pied dehors constitue indéniablement une source de difficultés. Dans ces conditions, il est difficile d’assumer pleinement nos responsabilités car dans trop de domaines, les références incessantes à la France freinent notre progression. Les problèmes du pays sont trop souvent traités au travers du prisme politique du « surtout ne nous éloignons pas de la France », ce qui se traduit souvent par des solutions inadaptées… Nous devons nous donner les moyens, une fois pour toute, d’accéder à la rive de la souveraineté, du côté où nous aurons en main tous les leviers pour gérer notre pays dans le sens de ses réalités.

Une question continue de perturber beaucoup de Calédoniens : qu’adviendra-t-il de nos relations avec la France ? Le Président Jean-Marie Tjibaou le disait lui-même : « l’indépendance, c’est notre capacité à gérer nos interdépendances ». Que les Calédoniens se rassurent : ce pays parlera toujours français et beaucoup d’entreprises, de banques et d’acteurs économiques français poursuivront leur activité ici car ils y trouveront leur intérêt et savent que notre pays a un potentiel de développement comme le démontre ce numéro de l’Avenir.

Nous gérerons nos relations politiques, économiques, sociales et culturelles dans l’intérêt commun de nos deux pays. On ose même croire qu’au moment où le Pays accèdera à l’indépendance, la France acceptera de négocier pour maintenir ses intérêts en Nouvelle-Calédonie, ce que Charly Pidjot n’a cessé de réclamer de manière incessante lors des différents Comités des signataires. Ce qui aura changé, c’est que ce jour-là, notre Etat souverain pourra aussi se tourner vers les autres pays du Monde, jouer pleinement son rôle et faire valoir ses intérêts dans le « concert des nations ». Dans ce cadre, notre Pays a des atouts à faire valoir comme sa biodiversité exceptionnelle, ses ressources halieutiques et minières et vraisemblablement hydrocarbures, ses atouts stratégiques….

Nous ne retournerons jamais en arrière.

A quelques années de la fin de l’Accord de Nouméa, certains se demandent encore quelle direction prendre en définitive.

A l’UC, nous avons toujours considéré que le choix que notre Président Jean-Marie Tjibaou a fait à Matignon était le bon. Nous ne cessons aussi de répéter que plus jamais nous ne voulons revivre les heures noires de notre histoire coloniale, et en faisant le bilan de l’Accord de Nouméa, tout le chemin parcouru nous incite à penser que nous sommes sur la bonne voie et que notre Pays peut encore progresser.

Nous sommes aussi persuadés que le chantier du rattrapage et du rééquilibrage a été vital pour permettre une évolution dans la stabilité car il ne visait qu’à rétablir les Kanak dans leur légitimité, en faisant reculer les inégalités du système. Il faut poursuivre dans ce sens car certains déséquilibres économiques et sociaux perdurent, notamment en ce qui concerne la place des Kanaks dans l’économie. C’est une condition pour avancer dans le destin commun.

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Dans : Editoriaux

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L’Avenir Calédonien est la publication officielle de l’Union Calédonienne. C’est, très probablement, une des plus vieilles publications de Nouvelle-Calédonie car les premiers numéros sont parus peu de temps après la création du Mouvement en 1953. Bien que paraissant de manière irrégulière, plus de 1050 éditions de l’Avenir Calédonien ont jalonné l’histoire du plus ancien parti de Nouvelle-Calédonie.

INTRODUCTION DE L'AVENIR AOÛT 2016

NOTRE INDÉPENDANCE SERA VIABLE

Avoir une indépendance viable, signifie pour un pays, être en capacité de disposer des moyens financiers qui lui permettront de faire face à ses obligations : permettre aux citoyens de satisfaire leurs besoins fondamentaux, entretenir une administration publique performante, créer les conditions pour un développement durable et dynamique. Notre pays fait face à cela depuis longtemps et sera en mesure d’y faire face à l’avenir...
Après les années de propagande des partis anti-indépendantistes, de la télévision d’Etat, des représentants de l’Etat eux-mêmes et le succès d’une chanson populaire « c’est la France qui paie », beaucoup de Calédoniens ont fini par se laisser influencer par l’idée que notre pays est très dépendant financièrement de la France… Parfois, on entend même des affirmations tellement erronées qu’elles frisent le ridicule : « c’est la France qui paye les médecins et notre système de santé » ou « c’est la France qui alimente le budget de la Nouvelle-Calédonie et des provinces ». Voilà le résultat de cette bonne vieille habitude de la droite anti-indépendantiste : désinformer et entretenir un discours de peur pour empêcher les Calédoniens de connaître la vérité…

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